Le conseil de classe a prononcé le mot, ou bien c’est vous qui y pensez depuis des semaines, en regardant les bulletins s’empiler. Faut-il faire redoubler son enfant ? La question arrive rarement au bon moment : elle tombe en juin, dans l’urgence, alors que tout le monde est fatigué et que l’enfant, lui, a surtout envie que l’année se termine. La réponse honnête, c’est qu’il n’y en a pas une seule. La recherche en éducation est assez sévère avec le redoublement pris comme remède général : refaire une année à l’identique ne répare presque jamais, à soi seul, une difficulté installée. Mais « en moyenne inefficace » ne veut pas dire « inutile dans tous les cas ». Certaines situations très précises justifient une année supplémentaire, à condition qu’elle soit préparée, accompagnée, et surtout comprise par l’enfant. Cet article fait le point sur ce que dit la recherche, sur les cas où une année de plus a du sens, sur les alternatives qui existent dans et hors de l’établissement, et sur la manière d’associer votre enfant à une décision qui va, quoi qu’il arrive, marquer son rapport à l’école. Sommaire Ce que recouvre vraiment le redoublement aujourd’hui Ce que disent les études sur l’efficacité du redoublement Les situations où le redoublement peut réellement aider Les signaux qui doivent vous faire chercher une autre solution Associer son enfant à la décision, sans lui faire porter le poids Les alternatives concrètes, avant, pendant et après Questions fréquentes Ce que recouvre vraiment le redoublement aujourd’hui Avant de trancher, il faut savoir de quoi on parle. Le mot « redoublement » recouvre des réalités très différentes selon l’âge de l’enfant, le niveau concerné et la manière dont la décision est prise. Un maintien en grande section n’a rien à voir avec un redoublement de terminale. Une décision devenue exceptionnelle, mais toujours possible La France a longtemps fait partie des pays où le redoublement était le plus courant : des générations entières de parents ont connu des classes où deux ou trois élèves « refaisaient » l’année. Cette pratique a nettement reculé depuis les années 1990, puis un décret de 2014 en a fait une mesure exceptionnelle. Un second décret, publié en février 2018, a rouvert la porte : le redoublement reste exceptionnel, mais il est de nouveau possible, notamment pour pallier une période importante de rupture des apprentissages, et il doit s’accompagner d’un dispositif d’aide. Ce cadre réglementaire, régulièrement mis à jour par le ministère de l’Éducation nationale, dit une chose essentielle : redoubler n’est pas censé être une sanction, ni une conséquence automatique de mauvaises notes. C’est un outil, parmi d’autres, activé quand on pense qu’une année supplémentaire changera la trajectoire. Qui décide, et à quel moment À l’école primaire, la proposition émane du conseil des maîtres, après dialogue avec la famille. Au collège et au lycée, c’est le conseil de classe qui formule une proposition, puis le chef d’établissement qui décide, une fois le dialogue avec les parents mené. Les familles disposent de voies de recours ; leurs modalités varient selon le niveau et le type de décision, et le secrétariat de l’établissement peut vous les préciser noir sur blanc. Le point important pour vous : la décision ne se joue pas au conseil de classe de juin. Elle se prépare dès le deuxième trimestre, au moment où les équipes commencent à évoquer les élèves en difficulté. Un parent qui demande un rendez-vous en février pèse beaucoup plus sur l’issue qu’un parent qui découvre la proposition sur le bulletin final. Redoublement, maintien, réorientation : ne pas confondre Trois décisions circulent souvent dans la même conversation, alors qu’elles n’ont pas les mêmes effets : Le redoublement : l’élève refait la même classe, avec le même programme, souvent dans le même établissement. Le maintien : terme employé surtout en maternelle et en élémentaire, quand on considère que l’enfant a besoin de temps pour consolider des apprentissages fondamentaux, en particulier la lecture. La réorientation : l’élève change de voie ou de filière (voie professionnelle, autre spécialité, autre série). Ce n’est pas un échec déguisé, c’est une décision d’orientation à part entière. Confondre les trois conduit à de mauvaises décisions. Beaucoup de familles acceptent un redoublement de seconde alors que le vrai sujet était le choix de la voie, ou refusent un maintien en CP alors que l’enfant n’a tout simplement pas encore automatisé le déchiffrage. Ce que disent les études sur l’efficacité du redoublement C’est le point où le discours familial et le discours scientifique divergent le plus. Beaucoup de parents pensent : « une année de plus, ça ne peut pas faire de mal ». Les travaux de recherche, eux, sont beaucoup plus réservés. Un bilan globalement décevant sur les apprentissages En 2015, le Cnesco et l’Institut français de l’éducation ont organisé une conférence de consensus intitulée « Lutter contre les difficultés scolaires : le redoublement et ses alternatives ». Le jury, composé d’acteurs de terrain, a conclu que le recul du redoublement devait passer prioritairement par des dispositifs d’aide à la difficulté scolaire au cœur de la classe, et a préconisé son interdiction dans la dernière année des cycles à l’école primaire. Les recommandations complètes de ce jury restent l’une des synthèses les plus lisibles pour un parent qui veut comprendre l’état du débat. Le mécanisme d’échec est assez simple à comprendre. Refaire une année à l’identique suppose que le problème vienne d’un manque de temps d’exposition au programme. Or, dans la majorité des cas, l’élève a déjà entendu le cours : ce qui lui a manqué, c’est une méthode de travail, une base non consolidée deux ou trois ans plus tôt, une capacité d’attention, ou tout simplement l’envie. Repasser les mêmes chapitres avec les mêmes supports ne traite aucune de ces causes. Pire, la première partie de l’année de redoublement est souvent trop facile : l’élève s’ennuie, se déconcentre, et se retrouve à nouveau largué au troisième trimestre. L’effet sur la confiance et la motivation L’autre coût, moins visible, est